le château de Tiregant à Creysse - Périgord pourpre
- Glady de Brégeot

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En bergeracois, à l’Ouest de Creysse, dès le XIIIe siècle, une forteresse, construite sur un promontoire, dominait d’une quarantaine de mètres la vallée de la Dordogne, pour contrôler la circulation Nord-Sud de la route de Limoges vers Agen et l’activité de navigation sur la rivière Dordogne, ainsi que le passage à gué en amont de Bergerac. Le domaine de Tiregand est une propriété agricole, viticole et forestière, sur quatre cent soixante hectares.
Du château primitif qui a disparu, seule une partie des douves subsiste. Il aurait été bâti au XIIIe siècle par un fils naturel d’Henri III d’Angleterre, Edward Tyrgan. Cette information reprise dans bien des archives, pourrait relever d’une pure fiction mais elle ramène à une réalité qui est que la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle furent le temps où « les Anglais vendangeaient l’Aquitaine », dans un Périgord resté fidèle au roi de France Philippe-Auguste avec l’assentiment de Jean sans terre, le dernier des fils d’Aliénor.
Au XIVe siécle, Édouard III roi d’Angleterre prétendait au trône de France mais c’est le Valois Philippe VI qui l’obtint donnant le prétexte à la guerre de cent ans.
Ce château protestant, est connu pour avoir subi un fait historique en 1575. Deux capitaines huguenots bergeracois, Jaure et La Palanque, ont cru bon d’y amener à dos d’âne, un butin volé à Périgueux, consistant en principal d’une châsse et d’un reliquaire contenant les restes sacrés provenant de la profanation du riche tombeau de Saint-Front, premier évêque de Périgueux, installé depuis le XIe siècle dans l’église qui porte en ce XVle siècle, le nom de Cathédrale Saint-Front. L’affaire, connue de tous, est même transcrite sur le livre rouge des archives municipales en 1583 « Il y avait dans ladite église plusieurs sépultures de chevaliers, cardinaux et évêques, élevés en pierre et de très excellents ouvrages. Les tapisseries, fort riches et d'antiquité mémorable, furent volées, ainsi que les vaisseaux sacrés […] ». Le butin sacrilège terminera dans la Dordogne et l’histoire des guerres de religion retiendra le nom des deux capitaines.
Au XVIIe siècle, du château primitif du XIIIe siècle, appartient à Jean Belrieu, baron de Virazeil et de Tiregand, bailli royal de la ville de Bergerac en remplacement de Jacques d’Augeard, promu président.
Au XVIIIe siècle, par mariage, il revient à la famille d’Augeard. C’est Jean Charles d’Augeard, né au château en 1725, président à mortier au parlement de Bordeaux qui fait construire le nouveau château de Tiregand entouré d’un jardin à la française.
A la Révolution, Tiregand est déclaré bien national et sous la convention, Joseph Lakanal, président de l’instruction publique, fait démolir une partie du château aux fins de récupération des matériaux de construction pour bâtir entre autres l’armurerie de Bergerac.
Le château est acquis en 1817, par François de la Marthonie et, en 1826, le comte Alexandre César de La Panouse (1764-1836), officier de marine ayant participé à la guerre d’indépendance d’Amérique, député de Paris, banquier et un des fondateurs de la Caisse d’Épargne, pair de France en 1827, acquiert le domaine et fait ajouter deux logis aux toits d’ardoises, juxtaposés au bâtiment principal. Son fils César Armand Anatole de La Panouse fait encadrer la bâtisse par deux imposants pavillons arborant les armoiries de la famille ainsi que des médaillons aux lettres entremêlées « LP ». Les écuries et les communs sont accolés au Nord et au Nord-Est du logis Est. Le château de Tiregand avec ses quarante-cinq pièces, est devenu un véritable château d’agrément, destiné aux grandes réceptions. Un dôme néo-classique amène à l’entrée et à l’intérieur au monumental escalier hélicoïdal en acajou et marbre rouge.
Au XXe siècle, son arrière-petite-fille, France de Boutray, en devient l’héritière et épouse, en 1941, le comte François de Saint-Exupéry.
En 2022, leur fils, François Xavier cède le château des XVIIIe et XIXe siècles, les communs attenants dont le club canin et le club hippique ainsi que de nombreuses terres du domaine à Louis Guyot, fils d’une famille totalement investie pour faire vivre le patrimoine et, ayant désormais trois sites emblématiques en Dordogne (Bridoire, Marzac et Tiregand). Le château de Tiregant se visite et retient ses visiteurs en proposant des animations innovantes tout au long de l’année.
Le château, les communs, le parc, les terrasses, les douves et la rotonde sont inscrits depuis le 20 décembre 2002 au titre des Monuments Historiques.

photo DR - « Tous au château »

photo DR- château de Tiregand

photo Bernard Séris

Photo Bernard Séris




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