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Le château de Badefols d’Ans - Périgord Noir

  • Photo du rédacteur: Glady de Brégeot
    Glady de Brégeot
  • 3 janv. 2021
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 nov. 2025

Le haut donjon défensif, construit avant la guerre de cent ans, domine de sa masse un logis rustique et puissant, couronné de mâchicoulis, épaulé de deux tours d’escalier, l’une carrée, l’autre ronde.

En 1368, le fils aîné du Roi d'Angleterre, Edouard de Woodstock (le Prince Noir), cède le donjon de Badefols à Bertrand de Born, descendant du célèbre troubadour et seigneur d’Hautefort. Repris par les Français, Badefols réintègre les possessions des vicomtes de Limoges : Maisons de Dreux-Bretagne, Penthièvre, puis Blois-Châtillon, dont l’héritière, Françoise de Châtillon, épouse Alain d’Albret en 1470. C’est à cette époque que l’on perce des fenêtres à meneaux et que des chemins de ronde couronnent les tours. Un linteau blasonné aux armes des Badefols, date cet ensemble de 1501.

Pour financer les campagnes de la maison de Navarre, Antoine de Bourbon puis son fils Henri IV démantèlent la vaste châtellenie d'Ans, en vendant les fiefs un par un aux familles nobles locales, qui en acquièrent les droits de justice puis la seigneurie pleine et entière. Déjà en 1495, Marguerite de Pompadour, veuve de François de Badefols, avait acquis d’Alain d’Albret une partie de la justice, permettant à son fils de prendre le titre de seigneur de Badefols. Dès 1542, puis en 1550 et 1610, Gauthier, époux d’Isabeau de Pierrebuffière, puis Guy de Badefols, tous deux seigneurs de Badefols, Peyraux, Muratel et Lacour, terminent d'acheter tous droits de justice, haute, moyenne et basse sur la paroisse de Badefols aux commissaires d'Henri IV. En 1627, sans postérité et dernier de son nom, Louis de Badefols désigne pour héritier son neveu François de Royère, fils de sa sœur Marguerite de Badefols et de Philibert de Royère. A la fin du XVIIe siècle, les Royère ajouteront un corps de logis avec toit à la Mansart. L’ensemble est couvert de toits d’ardoises. De gigantesques travaux de remblais donnent au site, son aspect actuel. Louis laisse d'immenses revenus et les seigneuries de Badefols et de Peyraux sont ainsi transportées dans la famille de Royère.

En 1726, Dominique de Royère vend les terres et seigneuries de Badefols et de Châtres au maître de forges Jean Bertin, père d’Henri Bertin contrôleur général des Finances sous Louis XV. Jean Bertin, qui exploite avec talent les forges de la Boissière d’Ans est déjà propriétaire du château de Bourdeilles et revend Badefols et Châtres en 1753 à François de Bonneguise qui peut enfin pleinement se qualifier seigneur de Badefols. Il réunit le fief à ses domaines d'Artigeas et de La Chapelle Saint-Jean et obtient de Louis XV en 1762, l’érection de l’ensemble en marquisat. Sans postérité de son mariage avec une demoiselle de Salignac de La Mothe Fénelon, il transmet la terre de Badefols à son neveu Charles-Gratien de Bonneguise. Devenu veuf, dernier représentant de sa lignée, celui-ci la revend en 1802 à Jean-Baptiste Daubrée puis, elle est successivement propriété des Beaumont puis des Beauroyre.

En 1869, Pierre Adolphe Labrousse de Beauregard, d’une ancienne famille de Montignac possessionnée à Châtres devient propriétaire de Badefols d’Ans. Il est l’auteur des actuels propriétaires. C’est à cette époque qu’on édifie de nouveaux communs et que l’on aménage un parc, dans le goût du jour.

Le 1er avril 1944, alors que la Dordogne et la Corrèze sont déclarées zone interdite, des éléments de la division allemande Brehmer investissent les lieux sur dénonciation et procèdent à l’arrestation de la totalité de la famille présente.

Comme la veille à la Bachellerie, après le pillage des objets de valeurs, ce sont des toiles de maîtres (Holbein, Fragonard, Van Cleeve…) mises à l’abri à Badefols par des amis de la famille qui disparaitront. Le château est incendié, le grand escalier dynamité et le mobilier et les anciens aménagements intérieurs, détruits. Tandis que les femmes restent six semaines en prison à Périgueux, le comte Jehan de Lestrade de Conty, membre du réseau de résistance OCM (Organisation Civile et Militaire) associé au réseau Combat, et qui avait dissimulé des armes et du matériel, est conduit en déportation avec son fils Louis. Seul son autre fils Adhémar âgé de 17 ans, resté ce jour au collège Saint-Joseph, échappe à la tragédie. Jehan de Lestrade de Conty et son fils Louis font partie du convoi au départ de Compiègne le 12 mai 1944 à destination de Buchenwald. Seul Louis reviendra de l’enfer de Dora ; son père Jehan succombe à Buchenwald le 29 octobre 1944. Il a été reconnu par la suite « mort pour la France ».

Après la Libération, le château a été en partie restauré à l’aide des dommages de guerre par la Direction Générale de l’Architecture et le ministère de la reconstruction. Inscrit aux Monuments Historiques le 11 avril 1947, inscription complétée en 2007, la propriété est privée et appartient aux descendants du comte Jehan de Lestrade de Conty.


Recherches numériques et texte mis en forme par Stéphane de Lestrade de Conty












château de Conty à Coulaures

- l‘Eglise - Photo Guy Lallemant

manoir de Larouverade -photo Guy Lallemant -


Dora - n’oublions jamais-


1 commentaire


danielorban2013
danielorban2013
30 mars 2024

Votre dernière photo est celle du sinistre camp de Mauthausen. Ce camp de la mort a été libéré en mai 1945 par des détachements de l'armée américaine et de l'armée belge "reconstituée" à la libération de la Belgique en septembre 1944. Mon propre père faisait partie des libérateurs belges du camp. Il a été tellement marqué par les horreurs qu'il y a vues, qu'il en pleurait encore à chaudes larmes lorsqu'il l'évoquait 60 ans plus tard....

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