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Le château de Chagnaud - Monestier - Périgord Pourpre

  • Photo du rédacteur: Glady de Brégeot
    Glady de Brégeot
  • il y a 14 heures
  • 3 min de lecture

Situé aux marches du Bergeracois et du Pays de Duras, bâti au sommet d’un côteau, le château du Chagnaud édifié sous le Second Empire, expose fièrement sa face méridionale vers la vallée du Seignal petit affluent de la Dordogne qui sert de limite à la propriété.

Construit aux alentours de 1860 par Louis Joseph « Brice » Grimaud de Monicourt né en 1780 à Saint-Paul de la Réunion, qui a épousé à l’île Bourbon en 1819, Marie Françoise Crescence Hoarau de la Source.  Le couple aura trois enfants, Joseph, Louis Thomy et Magdeleine « Hélène ».

Originaire du Blésois, la famille Grimaud de Monicourt avait débarqué à la Réunion à la fin du XVIIe siècle et y fera souche et fortune dans l’exploitation de la canne à sucre, pour revenir à Paris sous Louis-Philippe. Brice voulait s’installer avec sa famille, à proximité du château de Pouthet à Eymet, propriété de la famille de son épouse, elle aussi revenue de La Réunion pour s’établir en métropole. 

Situé à Monestier, le domaine du Chagnaud constituait un site idéal pour bâtir ce qui allait devenir un domaine agricole étendu et innovant.

Le château est constitué d’un corps de logis principal, flanqué à chaque angle de tourelles en encorbellement sur la façade Nord et de larges tours octogonales vers le midi. Les toits sont en ardoises. Au début XXe siècle, sont adjoints une terrasse au 1er étage, ainsi qu’un jardin d’hiver surmonté d’une verrière. Une chapelle a été aménagée, à l’étage d’une des tours. Au Sud, une terrasse à rambarde en fonte à motif de feuilles d’acanthe, surmonte une serre idéalement orientée. En contre-bas, une pièce d’eau dotée d’une presqu’île, a été creusée. Sur ses berges ont été plantés des platanes majestueux, qui demeurent encore aujourd’hui. Un bassin ovoïde à large margelle pavée de grès reste le témoin d’un réseau hydrologique sophistiqué, constitué de source, fossés, puits, regards, citernes, tuyaux, bassins, jet d’eau. De belles allées de charmes et un alignement de cèdres, agrémentent le parc créé à la fin du XIXe siècle, clos par un mur long de six cent cinquante mètres.

Conçue comme une propriété de production, le château dispose de divers communs et d’une basse-cour, dominés par un charmant pigeonnier carré. Un chai à trois niveaux, très innovant à l’époque, mettant à profit la déclivité naturelle du terrain, va permettre l’accueil de la vendange au niveau le plus élevé, l’élevage en cuves au niveau intermédiaire et le vieillissement en barriques au niveau inférieur. Au tournant du siècle, avec soixante-quinze tonneaux de vin rouge et vingt-cinq de vin blanc, le Chagnaud est un des premiers producteurs du canton de Sigoulès. Jusqu’en 1986, le vin a été embouteillé à la propriété, sous les appellations Bergerac, Saussignac et côtes de Saussignac.

Un peu plus loin, les maisons des métayers et diverses granges et étables complétaient l’exploitation. Il faut aussi faire mention du moulin sur le Seignal, alimenté par un bief artificiel dont le courant était régulé par la pelle du barrage traversant le cours d’eau.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle,  trois frères Monicourt s’illustrèrent : l’aîné, Paul, centralien, fut le développeur en Russie du procédé Hennebique (béton renforcé) qui lui donna un temps, un monopole sur la construction des ouvrages d’art dont se couvrait l’empire de Russie. On lui attribue la création de la terrasse du château suivant le même procédé innovant. Le second, Gaston, fut secrétaire particulier du duc d’Orléans, et son correspondant politique à Paris alors qu’il se trouve en exil en Angleterre. Le dernier enfin, Henri, passionné d’agronomie et membre de plusieurs sociétés d’agriculture et d’horticulture, s’attacha au développement du domaine, souvent sur les conseils de ses frères qui suivaient l’avancée des travaux agricoles à distance. Il est l’inventeur du « brugnon vineux », une variété à chair non adhérente créée sur la propriété.

Leur sœur, Marie Grimaud de Monicourt avait épousé Fernand de Lavergne de Cerval, d’une famille bien connue en Sarladais. Au décès de ses trois frères tous célibataires, la maison passe ainsi aux Cerval qui en sont les heureux propriétaires depuis plus d’un siècle.

En plus du parc, le tour de maison s’enorgueillit d’un grand nombre de topiaires de buis, de charmes et d’ifs. Les neuf buis boule, disposés en cordon en contrebas de la façade Sud sont appelés « Sénateurs », en raison de leur première vie dans les jardins du palais du Luxembourg. Ce jardin révèle un hommage à un autre membre de la famille, Julien de Cerval, qui créait les jardins de Marqueyssac à l’époque même où le château du Chagnaud voyait le jour.

Sources - Gonzague de Cerval

« the introduction ot the Henebique reinforced concrete system in the Russian Empire 1898-1907 » par Vladimir Korensky

Bergerac et ses vins Édouard Féret 1903

revue horticole 1888


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